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D’après des textes de Pierre Michaillard, chargé de mission au Conseil général du Territoire de Belfort pour la mise en place de la Maison de la coopération décentralisée, ancien conseiller technique du ministre burkinabè de l’Administration territoriale et de la Décentralisation.
Préambule : Au Burkina Faso, l’évolution du paysage institutionnel, même si elle semble difficile à suivre pour les non initiés, n’est pas et ne peut pas être sans influence sur celle des partenariats de coopération décentralisée. La décentralisation, moyen de « refondation » de l’Etat par la base, se fait et se fera. Les élections communales généralisées à l’ensemble du territoire burkinabè seront organisées au début de l’année 2006. La coopération décentralisée a certes précédé la décentralisation, mais elle ne peut pas l’ignorer au seul motif des habitudes établies. La décentralisation est en cours et vise à renforcer le rôle et les responsabilités des services publics locaux, la limite étant que les compétences transférables se heurtent à la faiblesse des moyens humains et financiers. La décentralisation qui doit avoir une certaine capacité de réponse aux besoins fondamentaux de la population pourrait manquer son but en n’étant pas crédible. Pour les acteurs de la coopération décentralisée du Nord, il y a bien là un champ spécifique à investir pour répondre au double enjeu de démocratie locale et d’égalité des citoyens face aux services publics. Dans le cas du Burkina, dans le cadre de la lutte contre la pauvreté, les services publics doivent être conçus non seulement en terme de services sociaux de base (eau potable, assainissement, éducation, santé) mais aussi comme des outils de relance économique. L’appui attendu doit se porter sur la structuration de la vie publique, sur l’émergence de citoyens locaux. Il n’y aura pas de citoyens nationaux, s’il n’y a pas d’abord de citoyens locaux comme aimait à le dire Antoine Sawadogo, ancien président de la Commission nationale de la décentralisation. Dans ce contexte là, la coopération jumelage - « cadeau de Noël » devrait avoir fait son temps et l’on déplore encore souvent que ce ne soit pas le cas au Burkina. Cela tient autant à certains Burkinabè qu’à certains « amis du Nord ». Le Burkina, depuis trois ans, s’est doté des instruments (décrets sur les jumelages / création de la Commission nationale de la Coopération décentralisée) destinés à faire évoluer ses propres acteurs de la coopération décentralisée qui, ne l’oublions pas, ne se limitent pas comme dans le sens français, aux seules actions des collectivités locales mais sont le fait de toutes actions d’initiative non gouvernementale [cf. note ci-avant, NDLR] . Un grand nombre de rencontres formations ont été organisées pour populariser cette volonté de voir évoluer les pratiques de la coopération décentralisée. La volonté est là de construire et de laisser construire, par de véritables politiques de coopération décentralisée, un espace public de négociation entre Etat et Société. De leur côté, les partenaires du Nord, associations, ONG, structures, collectivités, doivent orienter leur collaboration vers des démarches d’accompagnement privilégiant la formation, le compagnonnage technique et la mutualisation des moyens humains et financiers. La coopération décentralisée, en particulier celle des collectivités locales, doit être en mesure de privilégier les actions d’appui à la maîtrise d’ouvrage locale et à la formation du personnel communal, de soutenir des projets qui favorise l’apprentissage de la concertation locale entre les différents acteurs. La coopération décentralisée doit privilégier les investissements immatériels par rapport aux investissements matériels qui sont souvent sources de désillusions et parfois de conflits entre les partenaires. Pour parvenir à ces objectifs, pour ne pas entretenir une « nouvelle utopie consensuelle » entre les partenaires qui ne ferait rien évoluer, le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation (Direction générale des Collectivités locales / Direction de la Coopération décentralisée / Comité national de Jumelage) pense qu’il faut rendre lisible pour tous ceux qui sont visés les mesures prises par les représentants des acteurs de la coopération décentralisée burkinabè et les faire évoluer en concertation en faisant fonctionner correctement la CONACOD (Commission nationale de la coopération décentralisée) et dans une certaine mesure le CNJ (Comité national de jumelage) . Ce qu’il a été possible de faire jusqu’à présent avec de trop faibles moyens financiers et logistiques a permis de mesurer la pertinence et l’actualité des décisions qui ont été prises. Les pesanteurs administratives n’ont pas cependant permis d’avancer à la vitesse souhaitable vers un renouvellement des pratiques. Il est souhaitable maintenant de faire connaître cette volonté aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur en essayant de créer une banque de données, multiplier les contacts et les rencontres, les formations aussi bien nationales qu’internationales. Il nous a semblé qu’il y a, dans la stratégie de coopération des partenaires techniques et financiers envers le Burkina Faso, cette volonté d’apporter un appui institutionnel en vue de la mise en place de la stratégie contre la pauvreté, impliquant une dynamisation de structures comme la Commission nationale de la coopération décentralisée, qui est aussi un cadre privilégié au niveau institutionnel de dialogue entre la société civile, les élus et l’Etat. Certaines collectivités locales partenaires en coopération décentralisée avec des entités territoriales burkinabè (Région Limousin / Doubs / Territoire de Belfort / Pas de Calais / Ville de Brest et aussi Manche / Région Rhône-Alpes / Lyon / Grenoble ) et la Coopération Française, après la recommandation des Rencontres sur la coopération décentralisée de décembre 2002 , à Ouagadougou , ont choisi également d’appuyer la création d’un nouvel instrument opérationnel souple destiné à aider la diffusion de l’esprit coopération décentralisée, à apporter un appui-conseil au montage et suivi des projets, au développement territorial : la Maison de la Coopération Décentralisée.
La Maison de la Coopération Décentralisée : appui à la diffusion de l’approche coopération décentralisée 1. Coopération décentralisée : comment réellement la définir ? La plupart des partenaires techniques et financiers du Burkina Faso ont choisi depuis quelques années de lutter contre la pauvreté par différentes orientations sectorielles et notamment par l’appui aux processus de décentralisation et aux développements local et municipal / régional (développement territorial). La coopération décentralisée s’avère être une approche pertinente pour l’efficacité des actions de lutte contre la pauvreté construites sur une approche du développement territorial. Analysant les liens existant entre les processus de décentralisation dans plusieurs pays et la priorité qu’ils ont donné à la lutte contre la pauvreté, les auteurs (1) d’une étude ont proposé les pistes suivantes :
La coopération décentralisée vise à mettre les acteurs dans toute leurs diversités au centre du processus de coopération, en les impliquant tout au long du cycle d’intervention et en précisant les rôles et responsabilités de chacun, conformément au principe de subsidiarité. La coopération décentralisée peut s’appliquer prioritairement à :
On peut faire de la coopération décentralisée avec presque tous les instruments des partenaires techniques et financiers en général, et de l’Union européenne en particulier, en faveur du développement. La diffusion de l’approche coopération décentralisée, conduit à une inversion de tendance dans l’esprit de la coopération. En effet, elle vise à placer les acteurs au centre des processus de coopération, en leur déléguant la gestion des actions qui les concernent, en négociant avec eux des programmes d’appui, en accompagnant leurs apprentissages. Elle peut donc contribuer efficacement à l’impact de la lutte contre la pauvreté à travers des programmes de développement local. L’approche coopération décentralisée repose sur le passage de l’aide projet (composée de phases clairement séparées, limitées dans le temps et basées sur des objectifs, moyens et budgets définis avant le commencement du projet) à l’adoption d’une approche processus itérative adaptée à la logique du ou des partenaires selon un cadre de partenariat négocié avec lui. Dans le même temps, de nouvelles formes de contrôle a posteriori et d’audit, conçues comme un outil d’apprentissage de la bonne gestion, doivent être mises en place. L’approche coopération décentralisée suppose, enfin, que l’on passe d’une coopération de défiance à une coopération de confiance et cela repose à la fois sur l’évolution progressive des comportements et l’évolution du cadre juridique et financier. Comme cela a été écrit dans le préambule, le Burkina Faso s’est doté depuis quelques années d’une partie des instruments nécessaires à la coopération décentralisée burkinabè dans le développement local :
Il manquait à ce dispositif institutionnel pour être efficace des moyens supplémentaires pour fonctionner et une agence opérationnelle de diffusion de l’approche coopération décentralisée. Ce projet qui a reçu l’appellation de Maison de la coopération décentralisée va essayer d’assurer la diffusion de l’approche coopération décentralisée dans le développement local, l’appui conseil, l’information et la formation, la coordination des acteurs extérieurs et leur mise en harmonie avec l’évolution institutionnelle du pays et le renforcement des capacités de la société civile.
La Maison de la Coopération décentralisée (MCD), agence de diffusion de l’approche coopération décentralisée est une institution à caractère coopératif, culturel et technique au service de la diffusion de l’approche coopération décentralisée dans le développement territorial. Elle est dotée d’un statut associatif qui lui assure une certaine indépendance. La MCD est le point focal d’acteurs de la coopération Sud-Nord et Sud-Sud ainsi que leur outil d’animation, de suivi et de promotion. Ce projet a reçu de ses concepteurs l’appellation de « Maison de la coopération décentralisée » et un soutien de la part d’un groupe de collectivités françaises réunies dans un projet FICOD (fonds de soutien aux initiatives de la coopération décentralisée) et de la Coopération française au niveau du Projet d’appui à la décentralisation. La MCD se veut un espace de rencontre action publique et action privée, local et global, citoyens entre eux. Elle vise essentiellement la société civile dans son rapport avec l’organisation de la Cité, société civile définie comme un ensemble d’institutions, associations, organisations, alliances... à but non lucratif, librement constituées, indépendantes du politique et de l’administration publique et dont la caractéristique commune n’est pas la conquête ou l’exercice du pouvoir. La Maison de la Coopération décentralisée est donc une structure non confessionnelle, apolitique et à but non lucratif ouverte à tous ceux qui s’intéressent à l’approche coopération décentralisée et qui désirent participer à sa diffusion. Elle peut être gérée par une association de type loi 10 (équivalent loi 1901) au terme de la phase actuelle de démarrage.
3. Equipe d’animation
La MCD, de par son opérationnalité et sa connaissance du terrain, pourra également avoir comme tâche de préparer pour partie la réflexion et les réformes à proposer par la CONACOD Budget La première année de budget est assurée par les collectivités locales fondatrices, le ministère français des Affaires étrangères à travers le projet FICOD 2 , et par un complément en provenance du Projet d’appui à la décentralisation PAD / Coopération française.
(1) In decentralisation and poverty reduction, Karin de Jong, Christiane Loquai , Iina Soiri Contact : MCD, 11 BP: 1012 CMS Ouaga 11 Burkina Faso, Tél. / Fax : (226) 50 38 43 67, Courriel: maisoncoopdec@yahoo.fr, site : www.mcdburkina.org Pierre Michaillard, mél.: pierre.michaillard@cenatrin.bf
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