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Dossier II : Les méthodes participatives dans les projets de développement (1ère partie) NB : cet article doit beaucoup aux actes d'un séminaire sur "les méthodes participatives de diagnostic et de planification des actions de développement", co-organisé par les ONG Aquadev et VIE (Volontaires pour l'Intégration Éducative), à Niamey, en juin 2001 (voir www.aquadev.org). La majeure partie de la partie 2 est même la reproduction d'une section de ces actes. Nous remercions vivement Aquadev de nous avoir permis cette reproduction. I. Introduction Pourquoi des méthodes participatives ? Au cours des dernières décennies, des échecs ont pu être enregistrés dans certains projets de développement parce que ceux-ci étaient conçus, menés puis évalués par les seuls praticiens du développement ou, tout au moins, parce que les populations "bénéficiaires" (cet adjectif est d'ailleurs, en lui-même, porteur de cet esprit... !) et, au-delà, l'ensemble des acteurs impliqués de près ou de loin, n'étaient pas suffisamment associés aux différentes étapes du projet. D'où des inadaptations à certaines réalités culturelles, sociales, économiques, environnementales, etc. Conscients de ce disfonctionnement, des praticiens du développement ont élaboré des méthodes permettant de mieux associer les populations et l'ensemble des protagonistes aux projets. Qu'est-ce qu'une méthode participative pour un projet de développement ? Comme son nom l'indique, le but d'une méthode participative est de faire en sorte que les populations et l'ensemble des protagonistes d'un projet participent à l'élaboration de ce projet. En d'autres termes, il s'agit de faire en sorte d'amener les populations, d'une part à indiquer tous les facteurs (économiques, sociaux, culturels, environnementaux, ...) qui, selon eux, peuvent influer sur le projet (et que les porteurs de projet peuvent ignorer), d'autre part à s'impliquer activement dans le diagnostic de la situation (quels sont les problèmes que rencontre la communauté ? Quelles sont les causes de ces problèmes ?) puis dans la planification du projet (compte tenu de ce diagnostic, que faut-il faire ? Quels objectifs se fixe-t-on ? Qui fait quoi ? etc.). Cette participation doit impliquer l'ensemble de la communauté concernée par le projet, y compris ceux qui n'ont pas l'habitude de s'exprimer (femmes, groupes sociaux marginalisés, ...). Pour tout cela, une méthodologie est nécessaire : comment amener des populations à s'exprimer (y compris ceux qui n'en ont pas l'habitude) ? Comment amener, par exemple, toute une communauté - au sein de laquelle s'affrontent des groupes aux intérêts différents - avec des perspectives différentes, à déterminer les objectifs prioritaires pour l'ensemble de la communauté ? C'est l'objet des méthodes participatives. Différentes méthodes C'est ainsi que, dès la fin des années 70, sont nées les méthodes participatives : Rapid Rural Appraisals (RRA) ou Participatory Rural Appraisal (PRA) ; le monde francophone parlera de Méthode Accélérée de Recherche Participative (MARP). De très nombreuses recherches sont menées, des courants de pensées se créent en la matière et débattent sur les points forts et points faibles des différentes méthodes et toute une littérature se développe. Les méthodes s'affinent. Pour tenir compte des critiques (on reproche notamment à certaines méthodes, informelles et trop rapides, de ne donner qu'une vision superficielle et peu fiable de la réalité ; on parle même à leur sujet de "tourisme rural"), la méthode MARP, par exemple, devient la Méthode Active de Recherche et de Planification Participatives. D'autres méthodes participatives apparaissent : le ZOPP (de l'allemand "Zielorientierte Projektplanung", soit : planification de projets par objectifs, PPO), la PIPO (Planification des Interventions Par Objectif), le SARAR (Self-Esteem Strenghts, Resourcefulness, Action, Responsibility, soit : Confiance en soi, Force d'association, Esprit d'initiative, Planification de l'action et Responsabilité) et le PHAST (Participatory, Hygiene And Sanitation Transformation, soit : participation à la transformation de l'hygiène et de l'assainissement. le PHAST est une adaptation du SARAR aux problèmes spécifiques de l'eau, de l'assainissement et aux comportements en matière d'hygiène), ... Naturellement, bien des praticiens du développement ont leurs propres méthodes, qu'ils se sont forgées sur le terrain, et ils n'ont donc pas recours à ces méthodes. Il faut néanmoins reconnaître à ces dernières une certaine efficacité, même si celle-ci n'est pas absolue. Oui, mais... En effet, pour efficaces qu'elles soient, ces méthodes ne constituent néanmoins pas une panacée. De façon générale, un certain nombre de limites peuvent leur être opposées, parmi lesquelles :
NB: Une certaine typologie de participation peut être établie : voir tableau 1. (source : Techniques Participatives pour le Développement des Programmes Communautaires ; Centre d'Études de la Famille Africaine (CEFA) ; Lomé, Togo et Nairobi, Kenya ; décembre 2000) Tableau 1: typologie de participation ![]() II. Exemples de méthodes Deux méthodes seront détaillées dans ce dossier : - la MARP (dans ce bulletin) - la PIPO (dans le prochain bulletin). La MARP (méthode active de recherche et de planification participatives) A) Les soubassements méthodologiques de la MARP Source : "les méthodes participatives de diagnostic et de planification des actions de développement", Aquadev et VIE, Niamey, juin 2001 (voir www.aquadev.org). Définition La MARP est une méthode à laquelle il s'avère difficile de donner une définition unique en tout temps et en tout lieu. Pour des questions pédagogiques, les praticiens ont défini la MARP comme étant un processus intensif, itératif et rapide d'apprentissage orienté vers la connaissance des situations rurales. Elle s'appuie sur une équipe multidisciplinaire. Un accent particulier est mis sur la valorisation des connaissances et du savoir-faire des populations locales et sur la combinaison avec la connaissance scientifique moderne. Une description fonctionnelle de la MARP consiste à dire qu'il s'agit d'une famille d'approches et de méthodes permettant aux populations locales de partager, promouvoir et analyser leurs connaissances de la vie et des conditions y afférents, de planifier et d'agir. Utilisée à bon escient, la MARP peut permettre aux populations locales, qu'elles soient en milieu urbain ou rural, de pouvoir planifier, mettre en oeuvre, contrôler et évaluer leurs propres programmes. La MARP peut également affranchir les femmes et les groupes marginalisés, en leur donnant les moyens d'une plus grande expression de leurs contraintes. Quand et comment utiliser la MARP ? (...) Aucune méthodologie ne constitue une panacée face aux difficultés liées à la collecte d'informations relatives aux problèmes de développement. La MARP peut se substituer à l'enquête de type formel dans une situation donnée, et être utilisée comme méthode complémentaire dans d'autres situations. Si par exemple une expérimentation sur des techniques de compostage est menée en relation avec les populations, la conduite d'une MARP peut aider à générer une information qualitative riche pour étudier les attitudes de ces populations vis-à-vis de cette innovation et leur perception du problème de la baisse de la fertilité. A cause de la flexibilité et de la dose "d'informel" qu'elle contient, la MARP peut être considérée à tort comme une méthode simpliste. La réalité est tout autre et par expérience, nous savons que cette méthode peut être quelquefois extrêmement exigeante aussi bien sur le plan intellectuel que physique. La MARP rejette les recettes toutes faites, et donne souvent de mauvais résultats quand elle est utilisée sous cet angle. Durant la formation sur le terrain, on est toujours confronté à des situations complexes qui nécessitent des décisions rapides et réfléchies. Devant de telles situations, le background méthodologique est associé à la créativité et au bon sens personnel. Les principes de la MARP Les principes de la MARP portent autant sur la conduite de la recherche que sur les attitudes et les comportements des membres. Les principes s'articulent autour de certains concepts, à savoir :
La MARP poursuit deux objectifs :
La MARP est un esprit basé sur trois aspects fondamentaux :
La MARP peut être appliquée dans différentes situations mais les plus courantes sont :
B) Les outils méthodologiques de la MARP Source : "les méthodes participatives de diagnostic et de planification des actions de développement", Aquadev et VIE, Niamey, juin 2001 (voir www.aquadev.org). Plusieurs outils sont utilisés selon les besoins de l'analyse : Les outils d'analyse des caractéristiques socio-économiques :
L'ISS est la méthodologie de recherche principale et la plus importante, au cours de laquelle seules quelques questions sont prédéterminées et des nouvelles questions ou pistes émergent à la suite des réponses des personnes interrogées. On pourrait aussi le nommer "apprentissage semi-directif" étant donné que le but explicite de l'entretien est de permettre aux membres de l'équipe d'en apprendre plus auprès de l'interviewé. Les objectifs recherchés par l'ISS sont : L'objectif du profil historique, c'est d'acquérir une perspective de synthèse des événements historiques clés survenus dans la communauté et de leur importance pour la situation présente. Les cartes sont des représentations planes de la répartition dans l'espace de phénomènes concrets ou abstraits. Les cartes dessinées par les citadins mettent en évidence les représentations locales de l'espace et les visions endogènes de l'environnement. Les cartes peuvent donner diverses indications géographiques et historiques ou encore représenter la manière dont la collectivité occupe et gère le territoire. On distingue plusieurs cartes : - la carte des ressources, - la carte sociale, - la carte socio-foncière. ![]() Les outils d'analyse organisationnelle :
L'objectif visé par cet outil est la mise en relief des institutions clés et des individus principaux de la communauté et de leurs relations ainsi que de leur importance dans la prise de décision. Le diagramme de Venn reflète la manière de faire et de vivre ensemble. Il témoigne des relations et des réseaux et rend compte des systèmes de solidarité établis, des espaces et des facteurs de conflits. Cet outil vise à démontrer les causes, les effets et les interrelations existant entre les principales variables étudiées (commerce, éducation, santé, assainissement, gestion des ordures, etc.) L'objectif de cet outil c'est d'étudier les différentes relations au sein d'un même système. Il permet de déterminer l'origine et la destination des intrants et des extraits d'un systèmes de production. La classification par ordre de préférence permet au chercheur/praticien de déterminer rapidement les principaux problèmes ou préférences des populations, pris individuellement. Il permet de comparer avec facilité les priorités des individus. On procède par une série de problèmes ou de préférences à classer par ordre de priorité. Ce pourrait être, par exemple, les problèmes de production agricole ou les préférences en matière d'espèces pour le reboisement urbain, les priorités du quartier, des groupes cibles. L'interviewé classe ensuite par ordre de priorité les articles. Le processus est répété pour plusieurs interviewés ; à chaque fois la réponse est portée sur un tableau ou sur une pyramide et enfin, une discussion est provoquée autour des choix. Les calendriers sont des diagrammes qui permettent de révéler les contraintes et les opportunités saisonnières en représentant les changements qui interviennent par différentes variables, mois par mois pendant une année ou un cycle de culture. Les calendriers sont représentés par les paysans ou les citadins sous forme de diagramme sur le sol ou sur du papier. Les variables (pluie, activités économiques, maladies, mouvements de population, etc.) sont normalement visualisées avec les objets ou les matériaux trouvés sur place (bouts de bois, cailloux, graines, feuilles, colorants, etc.). On distingue le : - calendrier journalier, - calendrier saisonnier, - calendrier de fluctuation des prix, - calendrier des conflits. Les outils de classification : La classification matricielle des activités est un outil qui permet de rendre compte des préférences et des capacités contributives des populations. Ses objectifs sont :
1. Analyse de faisabilité 2. Grille de priorisation 3. Grille de programmation C) La marge d'erreur acceptée (Source : "La Méthode d'analyse rapide et de planification participative (MARP)", Groupe URD, juillet 2002. Voir www.globalstudy participation.org/francais/methodo/marp.htm) Du choix des zones et des personnes, ainsi que de la qualité des interactions avec l'équipe et au sein de celle-ci dépendra la qualité des résultats. Les risques les plus connus sont :
Il est nécessaire de faire une liste des éléments clés à saisir pour éviter de s'éloigner du sujet. Deux bases de l'équilibre : - connaissance / ignorance - généralité / détail (suite dans le prochain bulletin). Contact : AQUADEV, Rue des Carmélites 151, B1180 Bruxelles, Belgique, |
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