dossier santé : le don et l'approvisionnement en médicaments

Nombre de projets de solidarité internationale débutent avec un objectif sanitaire - ou développent un tel volet - qui, souvent, passe par des dons de médicaments.
On sait que cette démarche n'est pas anodine et peut donner lieu à de nombreux problèmes.
Qu'en est-il ?
Suivent un certain nombre de recommandations issues de fiches techniques produites par le Réseau Médicaments et Développement (ReMeD) et la Centrale Humanitaire Médico-Pharmaceutique (CHMP), que nous reproduisons ici avec leur aimable autorisation.
Nous vous invitons par ailleurs à visiter leurs sites internet respectifs et à prendre contact avec eux pour toute action de solidarité internationale liée au médicament (voir contacts en fin d'article).


Dons de médicaments : des principes pour une action efficace

Extraits de la fiche produite par ReMeD (www.remed.org)

Vous cherchez à collecter et à envoyer des médicaments à des populations démunies ?

Nous vous proposons de bénéficier de l'expérience de nombreuses associations et organisations internationales dans ce domaine.

Le médicament n'est pas un produit banal. Il peut présenter des risques pour la santé lorsqu'il n'est pas utilisé dans de bonnes conditions. C'est pourquoi tous les pays ont défini des mesures législatives et réglementaires strictes quant à sa fabrication et sa distribution en vue de protéger la santé publique. Les dons de médicaments doivent aussi répondre à des normes qui ont été rendues nécessaires par les nombreux problèmes occasionnés par ces dons en particulier dans les situations d'urgence.

Les dons de médicaments proviennent soit de la récupération de médicaments non utilisés (MNU), issus de nos armoires à pharmacie et des dons de laboratoires pharmaceutiques soit d'achats de médicaments essentiels génériques auprès de fournisseurs fiables.

Les pays en développement ou en situation d'urgence n'ont pas les mêmes besoins sanitaires que les pays européens ; des médicaments d'usage courant dans les pays occidentaux peuvent s'avérer inutiles voire dangereux dans ces pays.


I. Que faire de nos médicaments non utilisés ?

Nous avons beaucoup de médicaments non utilisés (MNU) dans nos armoires à pharmacie car, le plus souvent, soit nous n'utilisons pas la totalité des médicaments prescrits par notre médecin, soit le conditionnement commercialisé ne correspond pas au traitement, soit ce traitement a été modifié. L'activité de collecte des MNU prend ainsi naissance dans le gaspillage des médicaments en France.

Les MNU doivent être rapportés chez le pharmacien pour être traitées par Cyclamed, une organisation créée par l'industrie pharmaceutique pour la collecte des médicaments et de leurs emballages. Leur destruction non polluante sauvegarde l'environnement et produit de l'énergie. Ce n'est pas le cas lorsque nos médicaments sont évacués avec les ordures ménagères.


II. Peut-on faire des dons de médicaments ?

Les donateurs sont en général bien intentionnés, mais rarement conscients des inconvénients et des conséquences indésirables que peuvent avoir leurs dons pour les bénéficiaires.

Si vous n'êtes pas professionnel de la santé ou si vous ne connaissez pas exactement les besoins des populations que vous souhaitez aider, il est inutile de vous lancer dans cette activité car la bonne volonté ne peut remplacer la compétence dans un domaine aussi sensible que celui de la santé.

Si vous êtes professionnel de la santé (médecin, pharmacien) vous devez faire un don utile en tenant compte des besoins des bénéficiaires.


Encadré 1 : Audit de la qualité des dons en Albanie

L'OMS a réalisé un audit en mai 1999 sur les dons faits en Albanie* :
  • 50% des médicaments reçus au moment de l'afflux de réfugiés kosovars étaient inadéquats ou inutiles et devaient être détruits
  • 4000 comprimés, 1200 flacons de perfusion, 16000 tubes de pommade étaient périmés avant d'arriver dans le pays
  • deux millions de comprimés et 85000 flacons pour injection étaient périmés avant la fin de l'année
  • la moitié des listes de colisage ne mentionnaient que des noms de marque dont la plupart étaient inconnus des professionnels de la santé locaux.
* OMS "Kosovo: vers de bonnes pratiques en matière de dons", Médicaments essentiels Le Point n°27, 1999, p 27.

Selon L'OMS, la destruction des médicaments inutilisables et/ou périmés dans les pays bénéficiaires posent de nombreux problèmes technique et financier et doit être évitée.

Encadré 2 : Coût d'incinération à haute température des médicaments non utilisés

Selon l'OMS :
  • la solution idéale pour éliminer les médicaments est l'incinération à haute température (plus de 1200 °C)
  • des installations d'incinération adaptées, dotées de systèmes satisfaisants de dépollution existent presque uniquement dans le monde industrialisé
  • les évaluations du coût de l'élimination par cette méthode des déchets pharmaceutiques en Croatie et en Bosnie-Herzégovine sont de l'ordre de 2,2 à 4,1 dollars/kg : l'incinération du stock actuel de produits pharmaceutiques non utilisés en Croatie coûterait donc entre 4,4 et 8,2 millions de dollars.

Les principaux défauts reprochés aux médicaments donnés sont les suivants :
  • mal répondre aux besoins réels des populations destinataires (en qualité, en quantité, etc.)
  • ne pas respecter les politiques pharmaceutiques locale et plus particulièrement les listes nationales de médicaments essentiels, les traitements standardisés nationaux, les règles locales d'importation et de distribution des médicaments
  • concurrencer les circuits locaux de distribution pharmaceutique en ne respectant pas la politique tarifaire en vigueur dans le pays (si le pays bénéficiaire a mis en place des modalités de participation des populations aux coûts les médicaments offerts ne devraient pas être distribués gratuitement)
  • aller à l'encontre des efforts de gestion faits pour administrer les stocks de médicaments de manière rationnelle
  • être souvent inconnus des professionnels locaux
  • ne pas toujours correspondre aux normes de qualité en vigueur dans le pays donateur : être à la limite de la date de péremption
  • être souvent accompagnés d'une information dans une langue inconnue localement
  • être conditionnés dans des emballages disparates, en quantités insuffisantes et sous des noms de marque qui ne sont pas enregistrés dans le pays bénéficiaire et parfois sans mention de la DCI (dénomination commune internationale)
  • court-circuiter les systèmes locaux de contrôle d'importation et de distribution
  • habituer les populations locales à des spécialités pharmaceutiques coûteuses
  • alimenter les marchés pharmaceutiques parallèles et les ventes illicites, dans les villes comme dans les zones rurales : étals sur les marchés, boutiques ou commerce ambulant.
    L'éventail des médicaments proposés sur les marchés parallèles s'élargit, leur nombre et leurs risques ne cessent d'augmenter. Les "conseils" sont donnés par des vendeurs ou des vendeuses, le plus souvent inconscients des dangers de leurs marchandises.
Le plus grand service que l'on puisse rendre aux pays démunis en médicaments est de ne pas les rendre dépendants de fausses solutions.


III. Les principes directeurs applicables aux dons de médicaments

Pour améliorer la qualité des dons de médicaments, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a publié des principes directeurs qui ont été élaborés avec le concours des principales organisations de secours médical, témoins des multiples problèmes causés par des dons inadéquats. Le texte suivant est extrait du document publié en 1996 par l'OMS.

Encadré 3 : Les douze articles composant les principes directeurs applicables aux dons de médicaments* reposent sur trois principes fondamentaux
  • le don de médicaments doit être le plus utile possible au bénéficiaire. Cela suppose que tous les dons soient basés sur les besoins exprimés et que l'on décourage les dons de médicaments non sollicités.
  • un don doit être effectué en respectant pleinement les souhaits et l'autorité du bénéficiaire, et doit être conforme aux politiques sanitaires et aux modalités administratives en vigueur dans le pays.
  • il ne doit pas y avoir deux poids deux mesures en matière de qualité. Si le produit ne répond pas aux normes de qualité dans le pays donateur, il ne peut pas faire l'objet d'un don.
* OMS "Principes directeurs applicables aux dons de médicaments", révision 1999, WHO/EDM/PAR/99.4, 26 pages. cliquer ici


IV. Alors comment mieux faire ?

1. Achats de médicaments essentiels génériques
Sous la responsabilité d'un professionnel de santé, vous pouvez acheter des médicaments essentiels génériques en respectant quelques règles simples :
  • obligation du bénéficiaire :
    - exprimer clairement ses besoins qualitatifs et quantitatifs
    - préciser son mode de gestion et ses priorités sanitaires
    - rendre compte à l'autorité de tutelle

  • obligation du donateur :
    - respect de l'expression des besoins du bénéficiaire
    - respect des directives nationales et des procédures administratives
Il vous faudra alors établir un contrat de confiance (charte) entre donateur et bénéficiaire. Les médicaments achetés doivent respecter la liste de médicaments essentiels en vigueur dans le pays. Sous certaines conditions vous pouvez les acheter dans des centrales "humanitaire" européennes (fiche technique 2 [NDLR: voir www.remed.org ; en France : il s'agit de la CHMP]). Vous pouvez également vous les procurer localement dans les centrales d'achat en médicaments génériques dans les pays d'Afrique francophone notamment ou auprès de l'industrie locale ou régionale : cela peut se révéler plus rentable que les importations de médicaments.

2. Dons de produits d'hygiène
Aucun médicament ne peut suffire seul à améliorer les conditions de santé d'une population si les moyens d'une bonne hygiène de base ne sont pas réunis. Aussi ne faut-il pas négliger ce domaine qui peut paraître moins "noble" que le médicament mais qui est tout aussi utile. Vous trouverez en fiche technique 3 une liste de produits d'hygiène indispensables.

3. Dons de dispositifs et équipements médicaux
Ils doivent respecter les mêmes règles que les médicaments essentiels :
  • conforme aux besoins et pratiques locales
  • date de péremption doit être supérieure à un an
  • matériel médical en état de marche
  • maintenance locale possible.
4. Contribution à la formation à l'usage et à la gestion des médicaments
Le donateur peut contribuer à la bonne utilisation et à la gestion du don par :
  • un appui documentaire (ouvrages, abonnement à des revues spécialisées)
  • une formation à la gestion des médicaments et à la supervision des circuits de distribution et de financement.
5. Dons de spécialités dans des cas très particuliers : médicaments essentiels qui n'existent pas sous forme générique
Ce type de dons doit rester exceptionnel et encadré par des professionnels. Ils reposent sur une stratégie à court terme pour des médicaments chers pour lesquels il n'existe pas de génériques. Il s'agit de certaines spécialités récentes qui figurent sur les listes nationales de médicaments essentiels : anticancéreux, anti-rétroviraux, etc. et seulement destinés à des médecins hospitaliers.


En conclusion
Détruire vos médicaments inutilisés en les rapportant chez votre pharmacien est un bon geste pour protéger l'environnement.

Informer votre médecin des médicaments dont vous disposez lors d'une prescription ou d'un renouvellement d'ordonnance permet de faire la chasse au gaspillage. Diminuer le gaspillage des médicaments en France est un enjeu collectif.

La tolérance aux dons nuisibles ou inutiles diminue dans les pays bénéficiaires. Certains pays, par exemple le Togo, ont défini et publié une charte des donateurs de médicament.

L'OMS invite ceux qui reçoivent des quantités importantes de médicaments inappropriés à en rendre compte à son Département spécialisé (encadré 4).

Encadré 4 : L'OMS surveille la qualité des dons

Mentionner les dons inutiles
Toute organisation recevant des quantités importantes de médicaments inappropriés est invitée à en rendre compte au Département EDM de l'OMS(1). Chaque compte-rendu sera traité séparément dans la plus grande discrétion.
Et après... si l'OMS a connaissance d'un don inadéquat, elle entre en relation avec le donateur pour que celui-ci se justifie.
La troisième fois, le nom du donateur sera rendu public.

Souscrire à la nouvelle version des Principes directeurs applicables aux dons de médicaments(2) :
Pour que davantage d'organismes et d'organisations s'engagent à appliquer les principes de bonnes pratiques en matière de don de médicaments, un site Internet est en cours de construction (www.who.int/medicines/edmguidelines.html). Celui-ci est destiné à toutes les organisations et à toutes les firmes pharmaceutiques souscrivant aux nouveaux principes directeurs inter-institutions applicables aux dons de médicaments et s'engageant à les faire respecter. Les parties souhaitant que leur nom figure sur la liste des entités ayant entériné les principes sont invitées à prendre contact avec le Département Médicaments essentiels et Politiques Pharmaceutique de l'OMS, en envoyant un message électronique à medmail@who.ch.

Mentionner les dons particulièrement utiles
Nous sommes tous encouragés à faire part à l'OMS de notre expérience en matière de dons, et à décrire les dons que nous avons jugés particulièrement utiles et respectueux des besoins du bénéficiaire.

(1) OMS, EDM, 1211 Genève, 27, Suisse.
(2) OMS "Situation d'urgence : encourager les dons utiles, payer pour les dons inadéquats", Médicaments Essentiels Le point n°27, 1999, P 28.

 




M.E.G. en Afrique : Les centrales d'approvisionnement

Fiche produite par la CHMP, www.chmp.org

A l'heure ou les politiques de santé sont sur la sellette dans la plupart des pays, les politiques africaines, axées sur le médicament essentiel, se heurtent très souvent à de fortes déperditions financières. Afin de sortir des difficultés inhérentes à la comptabilité publique mais aussi pour améliorer la mise en place des infrastructures sanitaires, beaucoup de pays ont opté pour la création de centrales d'approvisionnements en Médicaments Essentiels Génériques (MEG).

Ainsi constituées, les centrales permettent "d'amorcer", grâce à l'achat vente, la création de systèmes de santé autonomes.

Accompagnées de quelques structures d'expertises humanitaires des pays occidentaux (CEE, Coopération Française, ReMeD, CHMP, AEDES) ces centrales se sont associées au sein de l'ACAME (Association Africaine des Centrales d'Achats de Médicaments Essentiels).

Cette association panafricaine a pour vocation, d'une part de faciliter la création de centrales dans les pays où il n'en existe pas, d'autre part d'optimiser la gestion des centrales et de promouvoir la politique du Médicament Essentiel Générique en Afrique. L'ACAME permet la concertation et les échanges entre les centrales mais aussi une certaine harmonisation de la réglementation pharmaceutique.

Pour les associations occidentales d'aide humanitaire contacter une centrale d'approvisionnement, affiliée à l'ACAME, avant toute démarche d'envoi de médicament dans un pays Africain, c'est la certitude d'aller dans le sens de la politique du Médicament Essentiel Générique et donc de soutenir les efforts nationaux de politique de santé. C'est en outre aider à la mise en place des infrastructures sanitaires des pays en voie de développement, les faire fonctionner, faciliter leur développement et donc se situer dans la droite ligne de l'initiative de Bamako. Enfin, la proximité géographique facilite pour les missions humanitaires les échanges locaux.

A cette fin, la CHMP vous propose [voir p. 10 ce même tableau mis à jour par ReMeD], un tableau des différentes centrales par pays. Cependant, elles n'ont pas toutes le même niveau de développement concernant la disponibilité et l'accessibilité du médicament essentiel générique. Merci de les consulter.

Pour toutes informations concernant les précautions à prendre pour le médicament humanitaire et pour des renseignements complémentaires sur les centrales d'approvisionnement, n'hésitez pas à prendre contact avec la CHMP.


Centrales d'approvisionnement pharmaceutiques en Afrique (Août 2002)
d'après www.remed.org


Pays Nom Adresse Tél / Fax
Bénin CAME (Centrale d'Approvisionnement en Médicaments Essentiels) 01 BP 3280
Cotonou
Tel. : (229) 33 28 64
Fax : (229) 33 08 51
Came.benin@bow.intnet.b.j
Burkina Faso CAMEG (Centrale d'Approvisionnement en Médicaments Essentiels) 134, av. d'Oubritenga
01 BP 4877 - Ouagadougou
Tel. (226) 33 34 19
ou (226) 33 34 21/31 85 25
Fax : (226) 30 37 89
cameg@cameg.bf
Burundi Dépôt Pharmaceutique Central BP 1820 - Bujumbura Tel. (257) 23 91 96/ 23 28 95
Fax : (257)91 96
Cameroun CENAME (Centrale d'Approvision-nement en Médicaments Essentiels) BP 2170 - Yaoundé Tel. (237) 23 29 20 / 23 29 22
Fax : (237) 23 29 23
Cename@camnet.com
Centrafrique UCM (Unité de Cession du Médicament) BP 955 - Bangui Tel. (236) 61 12 26
Fax (236) 6111 75
u.c.m@caramail.com
Comores PNAC (Pharmacie Nationale Autonome des Comores) BP 135 - Moroni Tel. (269) 73 12 64
Fax (269) 73 17 24
pnac@snpl.km
Congo CENAMES (Centrale Nationale d'Achat des Médicaments, Vaccin et Consommables Médicaux Essentiels) 136 - Zone Industrielle M'Pila
Brazzaville - Congo
Tel. 242 82 29 88
cenames@congonet.cg
Rép. Dém. Congo ASRAMES Asbl BP183 - Goma Asrames-goma@amsterdam.msf.org
Cote d'Ivoire PSP (Pharmacie de la Santé Publique) Bd de Marseille
BP V5 Abidjan
Tel. (225) 35 34 31 / 35 73 80
Fax (225) 35 57 70
Gabon OPN (Office Pharmaceutique National) BP 100 - Libreville Tel. (241) 24 75 43 / 76 55 07/ 08
Fax (241) 76 55 08
Guinée / Conakry Pharmacie Centrale de Guinée BP 900 - Conakry Tél. (224) 46 35 06
Fax : (224) 46 59 53
Kenya CHMP - PSF Mombassa Road
PO Box 10397 Nairobi
Tél. (254) 2 54 40 33 / 2 55 87 87
Fax (254) 2 53 26 69
Madagascar SALAMA BP 3697 - Antananarivo Tel. (261) 20 22 301 99 / 64
Fax (261) 20 22 301 43
salama@simicro.mg
Mali PPM (Pharmacie Populaire du Mali) BP 277 - Bamako Tel. (223) 23 48 92
Fax (223) 22 90 34
Mauritanie CAMEC BP 5545 - Nouakchott Tel. (222) 259 6664
Fax (222) 529 6672
camec@toptechnologiy.mr
Niger ONPPC BP 11585 - Niamey Tel. (227) 74 26 68
Fax (227) 74 26 34
Rwanda CAMERWA (Centrale d'achat des Médicaments Essentiels du Rwanda) BP 640 - Kigali Tel. (250) 51 75 21/22
Fax (250) 51 75 23
camerwa@rwandatel1.rawanda1
Sénégal PNA (Pharmacie Nationale d'Approvisionnement) BP 4075 - Dakar 6 Hann Tel. (221) 859 50 51
Fax (221) 859 50 71
Tchad CPA BP 1517 - N'Djamena Tél. (235) 51 80 57 / 51 86 24
Fax (235) 51 74 08
Cpa.tchad@intmed.td
Togo CAMEG-Togo BP 8349 - Lomé Tél. (228) 22 26 94
Fax (228) 22 05 80
Cameg-togo@bibaway.com
Tunisie Pharmacie Centrale de Tunisie Avenue du 10 déc 1945,
cité Mahrajane 1082, Tunis
Tél. 219 (7)781 593
Fax 216 (7)784 645

 




Recouvrement des coûts : l'IB (initiative de Bamako)

Fiche produite par la CHMP, www.chmp.org

En 1987, lors du 37éme comité régional de l'OMS se réunissant au Mali, les ministres de santé africains ont voté la résolution désormais connue sous le nom d'"Initiative de Bamako".
Cette déclaration d'intention prône le recouvrement des coûts et la participation communautaire. La communauté s'implique en prenant en charge son système de soins.
L'objectif du recouvrement des coûts est de générer des ressources de façon constante pour financer le fonctionnement de la structure sanitaire et des activités de santé. L'expérience montre que la participation communautaire est devenue plus un moyen qu'une finalité, car souvent la notion de "participation communautaire" s'est limitée à une notion économique : "la population doit payer". Tout recouvrement des coûts doit être intégré dans le cadre de la participation prise dans un sens beaucoup plus large, c'est à dire une responsabilisation, une implication dans le management, l'organisation, l'estimation des besoins en santé, une prise en charge de l'équité, et en final une mobilisation des ressources.

Il existe plusieurs systèmes de paiement :
  • L'assurance maladie (cotisations)
  • Le paiement unique forfaitaire à l'épisode de maladie
  • Le paiement à l'acte et/ ou des médicaments.

    Quel que soit le système de paiement et en n'oubliant jamais que l'accessibilité financière signifie non pas ce que les consommateurs ont l'habitude de payer mais ce que les consommateurs peuvent payer, le recouvrement des coûts est un processus dynamique qui doit s'adapter aux fluctuations du marché pour les produits et les services proposés (prix du médicament, prix des ressources matérielles, personnel, coût du transport...). Chaque année au moins, le système de paiement doit être obligatoirement revu, sinon en l'absence, d'une parfaite gestion des ressources financières au sein de la formation sanitaire, cette dernière peut définitivement fermer ses portes.


    Avantages et inconvénients de chaque système de paiement
    Points forts, points faibles, commentaires.

    1. Assurance maladie généralisée
    • Assure la globalité des soins : préventifs et curatifs.
    • Bonne continuité des soins.
    • Pas de frein financier pour le patient sur toute l'année à partir du moment ou il accepte le principe de la cotisation.
    • Equité.
    • Implication des professionnels de la santé dans la gestion du système.
    • Mise en place longue, difficile et coûteuse.
    • Non-implication des populations dans la mise en place.
    • Risque de surconsommation en médicaments et de sur-utilisation des services par le consommateur.
    • Risque de sur-prescription.
    • Risque d'augmentation progressive des cotisations.
    • Lourdeur administrative dans le suivi et le contrôle de gestion.
    • Système centralisé.
    Dans un concept de participation communautaire ce système doit être d'abord proposé et élaboré par les comités de gestion.
    Comment ce système pourra-t-il être à la fois fonctionnel dans le circuit public et privé ?

    2. Forfait à l'épisode de maladie
    • Assure les soins préventifs et curatifs (mais variable selon les ressources financières des patients).
    • Continuité dans les soins.
    • Gestion et contrôle de gestion facilités.
    • Risque important d'automédication (médicament moins cher que le forfait).
    • Équité partiellement assurée (dépend des ressources financières du patient).
    • Standardisation du traitement avec donc un risque de sous ou sur-consommation en médicaments.
    • Tarification difficile à établir et très variable selon les médicaments utilisés.
    En cas de faible ressource financière et connaissant le prix du forfait le patient choisira entre l'automédication et l'absence de traitement.
    Comment ce système pourra t-il fonctionner dans le système public et privé ?

    3. Paiement des médicaments (gratuité des actes)
    • Assure les soins préventifs et curatifs (mais variable selon les ressources financières des patients).
    • Continuité dans les soins.
    • Gestion et contrôle de gestion facilités.
    • Possibilité pour le patient de choisir les médicaments prioritaires (il devra posséder la bonne information) en cas de non-rationalisation ou de ressources financières insuffisantes.
    • Possibilité de fixer le prix à la fois dans le système public et privé.
    • Contrôle des prix du médicament facilité.
    • Réalité du prix du médicament pour le patient.
    • Ce système de tarification est très facile à mettre en ouvre ou à réajuster en cas de besoin.
    • Équité partiellement assurée (dépend des ressources financières du patient).
    • Risque de sur-prescription pour augmenter les recettes de la formation sanitaire.
    Le personnel de santé n'est pas directement impliqué dans la gestion financière au quotidien. Dans ce système le personnel de santé est un peu à l'écart au quotidien de la gestion financière du centre de santé, il doit donc retrouver ce rôle par l'intermédiaire du comité de gestion.

    4. Paiement à l'acte et des médicaments
    • Assure les soins préventifs et curatifs (mais variable selon les ressources financières des patients).
    • Le réajustement de la tarification est facilité en cas d'augmentation des coûts car on peut modifier une seule variable sur les deux existantes.
    • Ce système implique directement le personnel de santé dans la gestion financière.
    • Le contrôle de gestion reste encore assez simple même s'il y a deux entrées financières.
    • Possibilité pour le patient de choisir les médicaments prioritaires (il devra posséder la bonne information) en cas de non-rationalisation ou de ressources financières insuffisantes.
    • Possibilité de fixer le prix à la fois dans le système public et privé.
    • Contrôle des prix du médicament facilité.
    • Réalité du prix du médicament pour le patient.
    • Risque d'automédication si l'acte (consultation) est jugé insatisfaisant par le patient (obligation à payer l'acte pour avoir accès aux médicaments).
    • Risque de sur-prescription pour augmenter les recettes de la formation sanitaire.
    • Gestion à deux caisses : médicaments et actes.
    • Équité partiellement assurée (dépend des ressources financières du patient).
    • Continuité des soins non systématique si le patient n'accepte pas le règlement de l'acte.
    La tarification à l'acte est des parfois perçue par le patient comme un complément de salaire pour le personnel de santé dans les pays où celui-ci est déjà payé par l'État.
    Une gestion séparée des caisses peut devenir une source de conflits d'intérêts.


    Conclusion :
    On retiendra deux points
    • On a voulu mettre en place un système de recouvrement des coûts des soins de santé en impliquant la population dans la gestion et le financement des structures, alors donnons la possibilité et les moyens à celle-ci de définir ses besoins en santé, le système de paiement et de financement de soins qu'ils désirent. Accepte-t-elle de payer un personnel de santé alors que ce dernier est déjà salarié de l'État ? Accepte-t-elle de payer tous les médicaments et à quels prix ? Accepte-t-elle le concept de l'assurance maladie parachuté d'en haut et définit selon des normes d'utilisation bien étrangères ? Accepte-t-elle d'avoir un prix par maladie ? Laissons lui la possibilité de choisir.

    • On parle depuis des années du rôle du système privé dans la politique sanitaire nationale et plus particulièrement du médicament essentiel. Aucun des systèmes proposés n'implique d'office le secteur privé, seul la fixation d'un prix de vente du médicament essentiel au consommateur identique dans le secteur privé et public peut inciter le consommateur à venir chercher ce produit dans le circuit privé, ce produit sera disponible à condition que la marge dégagée en valeur soit suffisante pour le pharmacien.
    Exemple du Burkina Faso
    Superficie : 274 200 Km2
    Population : 10 320 000 ha en 1995
    Capitale : Ouagadougou

    En 1994 (dévaluation du CFA) le Burkina met en place, suivant les recommandations de l'IB, un système de santé basé sur le MEG. Cela c'est traduit par :
  • 11 régions sanitaires
  • 53 districts sanitaires
  • une centrale d'achat nationale : la CAMEG*
  • 800 dépôts de MEG gérés par la population villageoise
  • Les 2/3 ont une bonne rentabilité (autosuffisance)
  • Coût moyen de l'ordonnance : 1000 FCFA (soit 10 FF)

    Par comparaison, avant la mise en place de l'IB et des MEG le prix moyen d'une ordonnance était de 3500 FCFA (35 FF). Chaque Burkinabè peut trouver des médicaments dans une structure à moins de 15 Km de son habitation.

    * CAMEG - 134, avenue d'Oubritenga - 01 BP 4877 - Ouagadougou
    Tél. (226) 32 46 73 /32 46 74 / 31 85 25 - Fax (226) 30 37 89


  • Contacts :

  • Réseau Médicaments et Développement (ReMeD)
    35 rue Daviel, 75013 Paris
    tél 33 1 53 80 20 20, fax 33 1 53 80 20 21
    couriel remed@remed.org, site web www.remed.org

  • Centrale Humanitaire Médico-Pharmaceutique (CHMP)
    4 voie militaire des Gravanches , 63100 Clermont-Ferrand
    tél 04 73 98 24 81, fax 33 (0)4 73 98 24 80
    mél contact@chmp.org, site www.chmp.org

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